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Sts Abraham, Isaac et Jacob

20 décembre

samedi 20 décembre 2008

Première Lecture : Isaïe 7.10–14

Psaume : Psaume 24.1–6

Évangile : Luc 1.26–38




Texte de l’Evangile du jour

Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, 27 auprès d’une vierge déjà promise en mariage à Joseph, un homme de la famille de David ; le nom de la vierge était Marie. 28 L’ange vint à elle et lui dit : « Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » 29 Marie était toute troublée de ces paroles et se demandait ce que voulait dire cette salutation. 30 Mais l’ange lui dit : « Ne crains pas, Marie ! Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 31 Tu vas être enceinte et tu mettras au monde un fils que tu appelleras du nom de Jésus. 32 Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut, et c’est à lui que le Seigneur Dieu donnera le trône de David son père. 33 Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » 34 Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations avec un homme ? » 35 Mais l’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. 36 Sache que ta cousine Élisabeth a conçu elle aussi un fils dans sa vieillesse ; elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait ‘la stérile’. 37 Car rien n’est impossible à Dieu ! » 38 Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’arrive selon ta parole ! » Et l’ange se retira d’auprès d’elle.

Commentaire des pères Louis et Bernard Hurault

Le récit de cette seconde Annonciation oppose la personne de Jean et celle de Jésus. Il oppose l’attitude de Zacharie et celle de Marie. Les deux récits se complètent pour mettre en relief les deux grandes caractéristiques de Dieu dans la Bible : la fidélité et la grâce. Dans l’annonce à Zacharie l’on voyait comment l’appel de Dieu couronne la longue attente d’un peuple qui a persévéré dans la prière et l’observation de la loi de Dieu ; Dieu, toujours fidèle, va tenir ses promesses. Dans l’appel à Marie, rien n’est dit de sa vie antérieure, seulement tombe une parole de Dieu qui l’a choisie entre toutes : la grâce de Dieu la situe immédiatement sur un plan auquel personne n’a jamais songé.

Luc utilise deux fois le mot vierge. Il veut faire allusion aux prophètes qui affirmaient que Dieu serait accueilli par la vierge d’Israël. Cette façon de parler laissait entendre que Dieu voulait être accueilli par un peuple renouvelé, un peuple qui aurait abandonné ses maîtres et ses idoles pour n’être qu’à lui. Toujours est présente dans la Bible cette image d’un mariage de Dieu avec son peuple. Le verset 31 fait allusion à la prophétie très importante d’Isaïe 7.14 : Jésus sera le sauveur appelé « Dieu-avec-nous ».

La foi chrétienne proclame « Marie toujours vierge ». Non seulement elle conçoit Jésus de l’Esprit de Dieu, mais elle restera vierge, même après avoir confirmé son mariage avec Joseph. Cette virginité est comme une garantie de l’alliance nouvelle que Dieu fait avec l’humanité. La foi chrétienne affirme qu’en Jésus Dieu s’est fait pleinement homme. Il est le Fils né de Dieu dans l’éternité ; il est aussi tout entier le fils de Marie, porteur de son héritage humain qui va bien au-delà de la chair, du sang et des chromosomes. Sa conception en Marie est le fruit d’un acte de foi dans lequel Marie s’est engagée tout entière : elle n’était qu’à Dieu et ne pourrait jamais être qu’à lui. C’est ainsi que la foi chrétienne refuse de penser que Dieu ait seulement eu besoin de Marie pour donner un corps à son Fils, un fils qu’elle aurait mis au monde sans qu’il soit pleinement son fils. Pour l’Évangile la « mère du Seigneur » est aimée la première et sur elle d’abord vient l’Esprit au début d’une œuvre de grâce où Dieu ne saura qu’aimer.

Le texte nous a dit que Marie est déjà promise en mariage à Joseph, ce qui, selon la loi juive, leur donne tous les droits du mariage (Mt 1.20). Mais dans cette société où la femme était toujours dépendante d’un homme, que ce soit son père, son mari, où le fils quand elle était veuve, il y avait comme deux étapes. Promise à Joseph, elle était déjà sienne et il pouvait avoir des relations avec elle, mais elle restait sous le toit paternel. Au jour du mariage il la prendra en sa maison et alors elle dépendra légalement de lui. Seule Marie pouvait communiquer à l’Église primitive le secret de la conception de Jésus. Mais comment aurait-elle décrit une expérience si intérieure et comment l’aurait-on rapportée ? l’évangile nous transmet les mots et les figures bibliques qui l’ont aidée à exprimer cette rencontre de Dieu et à nous en parler.

l’ange Gabriel. Gabriel était le nom d’un ange de première catégorie qui, dans le livre de Daniel venait annoncer l’œuvre du salut (Dn 8.16 et 9.24). L’évangile veut donc nous dire que pour Marie tout a commencé avec la certitude qu’elle se trouvait à l’endroit et au moment où le sort du monde se décidait. Réjouis-toi. C’est l’invitation que les prophètes adressaient à la “fille de Sion”, la communauté des humbles espérant la venue du Sauveur (So 3.14 ; Za 9.9). Pleine de grâce. Le texte de l’Évangile dit de façon plus précise : aimée et favorisée. D’autres avaient été aimés, élus, favorisés, mais ici ce qualificatif devient comme le nom propre de Marie. Tu vas être enceinte. Ici l’évangile s’inspire de divers textes de l’Ancien Testament, les uns où est annoncé l’avenir d’un enfant qui vient de naître, les autres où Dieu donne une mission. Voir Gn 16.1 ; Ex 3.11 ; Jg 6.11. Nous avons déjà rappelé Is 7.14, annonçant celui qui serait Emmanuel, c’est-à-dire Dieu avec nous. Marie l’appellera Jésus ce qui veut dire : Sauveur. L’ange indique qui sera et que sera l’enfant à naître. Le peuple de Jacob, c’est le peuple d’Israël. Le sauveur attendu devait être « fils de David (2S 7.14) : voilà pourquoi le texte a précisé en 1.27 que l’époux de Marie était un descendant de David. Par son père adoptif, Jésus serait un « fils de David ».

1.27 LE DIALOGUE DE L’ANNONCIATION

Celui qui cherche à approfondir ce récit ne devra pas oublier que c’est un tableau, comme il y en a d’autres dans l’Évangile, tout spécialement chez Luc, et non le compte rendu précis d’une apparition. C’est un fait que ni Luc, ni l’Église primitive, ni Marie elle-même ne pouvaient résumer en une demi page l’histoire des appels et des interventions par lesquelles Dieu l’avait préparée pour son rôle unique ; moins encore pouvait-on dévoiler leur relation mutuelle : ce tableau inspiré devait en livrer l’essentiel. Marie n’aurait-elle reçu d’autre communication divine que celle que Luc situe au moment où elle conçoit le Fils de Dieu ? La vie de certains saints et le témoignage de personnes actuellement vivantes montrent comment Dieu, parfois, a donné des signes dès l’enfance, comment il a placé auprès d’eux un ange ou quelque patron céleste pour les éduquer, les conseiller, les préparer à un rôle qu’ils ne pouvaient encore comprendre.

De tels exemples enseignent beaucoup. Il serait étonnant que Marie n’ait pas reçu dès sa petite enfance une illumination et une éducation. Sa consécration à Dieu a dû avoir lieu très tôt (que de bêtises n’a-t-on pas dites à ce sujet : « Marie ne pouvait penser à un vœu de virginité parce que ce n’était pas dans la mentalité de l’époque ! »). Elle a certainement porté dès les premières années le poids et la joie d’une vie secrète inondée par les communications divines. Ses parents eux-mêmes ont dû l’ignorer pour une bonne part et Dieu ne lui a accordé ni la forme de beauté, ni les initiatives qui l’auraient fait remarquer. Le récit de Luc doit donc être compris comme un tableau inspiré ; il résume et à la fois nous fait comprendre toute une histoire qu’il n’y avait pas à raconter.

Les deux annonciations à Zacharie et à Marie sont construites sur le même modèle. Il n’en est que plus facile de voir les contrastes. L’ange Gabriel s’était manifesté à Zacharie dans le Temple à l’heure sainte où la foule se rassemble. Pour Marie il vient dans un hameau de Galilée ignoré de l’histoire antérieure à Jésus. Marie (en grec) ou Miryam (en hébreu). Dans la Bible ce nom n’apparaît nulle part ailleurs que dans les récits sur Miryam, la sœur d’Aaron (Ex 15,20 ; Nb 12 ; Mi 5,4). C’est une adolescente, sans doute une fille de paysans pauvres, dans une société patriarcale et machiste. Bien que déjà donnée en mariage à Joseph, elle n’a encore ni le statut social attaché à la célébration officielle, ni l’enfant qui crée un lien de sang avec la nouvelle famille.

Zacharie s’est troublé — peut-être faudrait-il dire effrayé — en voyant l’ange (on ne les voyait pas alors avec des ailes et une robe blanche) ; ce qui trouble Marie, ce n’est pas la vision mais ce qu’elle entend : une parole divine qui lui fait immédiatement deviner sa vocation exceptionnelle. Luc nous donne alors la parole divine prononcée sur l’enfant qui va naître, suivant en cela le modèle des récits bibliques d’autres annonciations, lesquels en réalité se développent selon l’ordre le plus obvie. Les versets 32-33 ont repris le langage des chrétiens d’origine juive, les versets 35-36 celui de l’Église en terres grecques. Les lecteurs grecs de Luc comprenaient certainement les versets 32-33 comme nous le faisons nous-mêmes, ils relativisaient le sens politique des espérances d’Israël et les transposaient sur le plan spirituel. La question de Marie au verset 34 a donné lieu aux interprétations les plus diverses, et parfois échevelées. Si nous comparons les deux annonciations à Zacharie et à Marie, cette question vient tout naturellement. À Zacharie on a dit qu’il aurait un fils, qui il serait, et on lui précise le comment : Élisabeth lui donnera un fils. Marie reçoit l’annonce d’un fils après avoir précisé et répété qu’elle était vierge bien que déjà donnée à Joseph. Il faut bien que l’ange lui dise le comment ou que Marie le lui fasse dire.

En 1,34 le texte dit, selon l’usage du verbe hébreu : « Comment est-ce possible si je ne connais pas un homme. » Le plus probable est qu’il faut comprendre : « si, en ce moment, je n’ai pas de relations avec un homme ». Il est étrange, cependant, que dans un tel récit Marie n’ait même pas posé la question de Joseph, si, d’un moment à l’autre, ils devaient s’unir. Et de même l’ange n’a pas nommé Joseph pour l’écarter. Pour Marie, la réponse de l’ange signifie qu’elle va concevoir tout de suite, sans attendre une rencontre avec Joseph, et c’est alors que prend tout son sens le titre de vierge que Luc a placé dès le début. Marie reprend la parole pour accepter purement et simplement. Cette acceptation, pourtant, souligne la part active qui lui revient dans la conception de Jésus. Le récit de Luc déjà la mettait en valeur avec la question qu’elle posait au verset 34 ; alors que le dialogue de Zacharie avec l’ange prenait la forme d’un heurt, l’interrogation de Marie manifestait déjà sa coopération.

Le récit affirme donc, sans aucun doute possible qu’en ce moment Marie conçoit de l’Esprit de Dieu. Nous avons rappelé que « Marie toujours vierge » est une affirmation de la foi chrétienne. C’est une autre question que de savoir si Marie s’était réservée pour Dieu avant d’être liée à Joseph. On dira qu’une telle décision allait contre l’esprit du milieu où Marie a grandi, mais il serait beaucoup plus surprenant que Dieu l’ait ignorée jusqu’au jour de la conception de Jésus et que l’ange soit arrivé si tard.

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